Si nous ne pouvons la faire pratiquer je m’arrangerai de manière que la chambre du fond sera inconnue, barricadée, impénétrable pour les étrangers. Je serai censée n'avoir que deux pièces, la troisième sera la chambre noire, la chambre mystérieuse, la cachette du revenant, la loge du monstre, la cage de l'animal savant, la niche du trésor, la caverne du vampire, que sais-je ? nous verrons. (George Sand, Correspondance, N°388, p.882.)
mardi 29 mai 2012
lundi 28 mai 2012
Une apparition
Quelques instants plus tard, j'en compris l'utilité : cet étroit pont de pierre, sans doute jeté jadis par-dessus une rivière, et qui se trouve maintenant ne relier les deux segments de route passant par là qu'au prix de deux périlleux virages à 90 degrés, de part et d'autre, ce pont imposait assurément la mise en place d'un moyen de freiner les automobilistes d'aujourd'hui avant que ne s'accumulent les accidents. Pourtant, alors que je continuais mon périple, cette explication logique, cohérente, rationnelle, enlevait peu au sentiment d'étrangeté provoqué par la soudaine rencontre de ce feu tricolore, planté au cœur de la nuit et d'une forêt où il constitue, pour qui la traverse, le seul signe de la civilisation moderne à des kilomètres à la ronde.
vendredi 25 mai 2012
Et maintenant une note globalement inoffensive
Rita a peut-être oublié beaucoup de choses, mais certainement pas le Towel Day 2012. D'autant que cette année, des petits malins ont pu observer qu'en additionnant le jour, le mois et l'an de cette grande célébration de la serviette (et de l'œuvre de Douglas Adams), on n'obtenait rien moins que le chiffre 42 ! Une coïncidence cosmique d'une telle ampleur ne pouvant décemment pas ne pas être célébrée, il ne reste plus à notre héroïne qu'à mettre la main sur un poisson Babel et à se rendre au Milliways, le dernier restaurant avant la fin du monde, où elle a réservé une table pour ce soir. Parfois la vie est bien faite.
samedi 19 mai 2012
Clouseau, le jour des fous
What if he's right?... I'm finished, washed up. Sanity and
reason become things of the past. Madness reigns.
Commissioner Dreyfus (Herbert Lom)
mercredi 16 mai 2012
Pour saluer Fuentes
Carlos Fuentes – 1928-2012.
Dans le ballet des commentaires stériles et la cacophonie de vide qui saturent les médias autour des moindres faits et gestes de notre nouveau président et des gesticulations du clan déchu, et dans la partie du petit espace laissé à l' "actualité culturelle" qui ne soit pas entièrement consacrée à l'imminente ouverture du Festival de Cannes, tombe soudain la nouvelle de la disparition de l'un des plus grands écrivains contemporains, et de mes préférés. J'étais justement en train, ces jours-ci, de lire et relire (respectivement) ses recueils de nouvelles fantastiques, Constancia et autres histoires pour vierges et le plus récent En inquiétante compagnie : c'est un sentiment étrange que de se dire qu'en tournant une page d'un livre, celui-ci change soudain, d'œuvre d'un auteur vivant, en celle d'un auteur "du passé" ; surtout quand le livre lui-même est plein de morts qui reviennent à la vie et de vivants qui ne le sont pas autant qu'ils le croient. Je me souviens avoir découvert Fuentes en me lançant, sans doute inconsidérément, et, si je ne me trompe, en marge de ma première année de fac, directement à l'assaut de Terra Nostra, massif immense et fou auquel je n'avais évidemment pas compris grand-chose, mais où j'avais puisé nombre d'images qui continuent depuis de peupler mon imaginaire. Les années qui suivirent (avec ou sans Laura Díaz...) l'installèrent définitivement dans mon panthéon personnel, non loin de ses "voisins" Carpentier et Cortázar. Fuentes, c'était un regard et une voix capables d'embrasser, et de brasser, tout à la fois le réalisme et l'onirisme, l'Histoire et l'actualité, la politique et la merveille. En somme, une sorte de serpent à plumes. Ses textes lui avaient valu le Gallegos et le Cervantes, soit les plus hautes distinctions littéraires d'Amérique latine et du monde hispanophone, mais il sera resté un de ces éternels favoris, toujours cités, jamais couronnés, du prix Nobel, laissé à la porte par les membres d'un comité qui, signalons-le en passant, parmi les lauréats de ces dernières années, lui aura préféré un certain nombre d'insignes médiocres. Tant pis. La liste de ses "œuvres complètes" comporte un certain nombre de romans non encore traduits en français, mais aussi d'autres dont nous ne connaîtrons jamais que les titres et la place qu'ils devaient occuper dans cette grande architecture inachevée qu'il avait conçu pour ses écrits. Tant pis encore. Tant mieux. Nous reste la part de l'imagination qui jamais ne s'éteint. Nous restent les mots magiques qui transfigurent le réel sans l'oblitérer.
mardi 15 mai 2012
De l'ineffable
J'ai composé, tout en me promenant, bien des phrases parfaites dont je ne me rappelle pas un mot, une fois rentré chez moi. La poésie ineffable de ces phrases vient-elle toute entière de cela qu'elles ont été, ou bien, en partie, de n'avoir jamais été ?
Fernando Pessoa (traduction de Françoise Laye), Le Livre de l'intranquillité.
mardi 8 mai 2012
Rencontres musicales
C'est peu dire que j'attendais la nouvelle série d'animation de Shin'ichirō Watanabe. C'est peu dire aussi que je ne m'attendais pas à ce que j'ai reçu en plein cœur. Sakamichi no Apollon, diffusé depuis la mi-avril au Japon, est un éblouissement. Comparé aux joyeux mélanges des genres et des influences et à la fantaisie qui caractérisaient les deux précédentes séries de Watanabe, ce nouvel opus peut d'abord surprendre, il est vrai, par son apparente simplicité et un certain classicisme. Histoire d'amitiés et d'amours adolescentes dans le Kyūshū des années 60, sur fond de passion commune pour le jazz, Sakamichi no Apollon (ou Kids on the Slope, de son titre "international") semble bien loin de l'univers SF de Cowboy Bebop comme des anachronismes déjantés de Samurai Champloo. Pourtant, quoique plus discrètement et cette fois sur un mode de chronique réaliste, c'est bien encore sur un fond de mélanges culturels plus ou moins improbables que s'inscrivent les rencontres des personnages, dans un Japon provincial d'après après-guerre qui balance entre regards toujours portés vers la tradition, et influences occidentales issues pour large partie de l'occupation américaine. Et comme toute bonne interprétation d'un standard de jazz, le scénario navigue entre l'évidence et les bifurcations plus inattendues. C'est quand on croit connaître l'histoire d'avance, pouvoir paisiblement s'abandonner à un déroulé prévisible pour mieux en apprécier les scènes les plus réussies, qu'elle prend des tours que l'on n'avait pas vu venir. On en suit l'avancée tout en marquant du pied et des doigts les rythmes d'Al Blakey, Bill Evans, Chet Baker qui se mêlent à la b.o. de Yoko Kanno retrouvée, tout semble couler limpidement, et l'on s'aperçoit que ce rythme était trompeur, la temporalité pas si claire, et que quand tout semblait s'enchaîner, on est passé, en quatre épisodes, de la fin de l'été à l'approche de Noël. Qu'on y ajoute une réalisation fluide, une esthétique lumineuse, une ambiance dans laquelle on ne demande que de s'immerger, et l'on comprendra que le maître Watanabe est plus que bien parti pour nous gratifier, ce printemps, de l'une des plus belles séries animées que l'archipel nous ait offertes depuis longtemps.
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