Si nous ne pouvons la faire pratiquer je m’arrangerai de manière que la chambre du fond sera inconnue, barricadée, impénétrable pour les étrangers. Je serai censée n'avoir que deux pièces, la troisième sera la chambre noire, la chambre mystérieuse, la cachette du revenant, la loge du monstre, la cage de l'animal savant, la niche du trésor, la caverne du vampire, que sais-je ? nous verrons. (George Sand, Correspondance, N°388, p.882.)
lundi 26 août 2013
Lectrice
Dans le métro, retour d'une rencontre tarifée, Isabelle, dix-sept ans, lit – Les Liaisons dangereuses. Jeune & jolie, ou l'histoire d'une Cécile de Volanges se rêvant marquise de Merteuil ?
jeudi 22 août 2013
Du voyage
– L'ailleurs est un miroir en négatif. Le voyageur y reconnaît le peu qui lui appartient, et découvre tout ce qu'il n'a pas eu, et n'aura pas.
Italo Calvino, Les Villes invisibles (Le Città invisibili, traduction par Jean Thibaudeau).
dimanche 11 août 2013
Brèvissimes
Vu à l'entrée d'une exposition Raymond Depardon, ce panneau quelque peu déstabilisant : PHOTOGRAPHIE INTERDITE. Ah.
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Si le silence après du Mozart est encore du Mozart, les applaudissements des spectateurs après une exécution de Clapping de Steve Reich sont-ils encore du Steve Reich ?...
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Pour les oiseaux pépiant dans le jardin au son des sonates de Scarlatti (au piano, par Alice Ader), la question ne se pose pas. Ils dansent.
L'orage avait voilé les monts environnants, n'en laissant plus voir que les lignes de crêtes, le dessous simplement empli d'aplats de brumes en légères nuances de gris. Et voilà comment un paysage des Alpes se transforme en peinture chinoise.
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L'orage avait voilé les monts environnants, n'en laissant plus voir que les lignes de crêtes, le dessous simplement empli d'aplats de brumes en légères nuances de gris. Et voilà comment un paysage des Alpes se transforme en peinture chinoise.
vendredi 12 juillet 2013
Retour à l'Auberge du dragon
Il est une scène dans Lóng Mén Fēi Jiǎ (The Flying Swords of Dragon Gate ou encore, chez nous, Dragon Gate: la légende des sabres volants) où deux des personnages, se tenant l'un l'autre par une chaîne métallique, s'affrontent dans un duel au sabre, dans les airs, au milieu du tourbillon d'une tornade qui les emporte, et des débris qu'elle charrie. Des effets spéciaux numériques dérisoires et assez mal troussés (c'est le côté "Terry Gilliam oriental" de Tsui Hark...) ajoutent encore au caractère totalement irréaliste de la chose, tout cela pourrait n'être que ridicule, et pourtant : cette séquence se révèle infiniment plus inventive, infiniment mieux conçue, et, in fine, infiniment plus jouissive, que n'importe quelle scène équivalente du récent et maladroit Man of Steel du tâcheron Zack Snyder. Conçu pour la projection en 3D sur grand écran, le dernier film du maître de Hong Kong est arrivé chez nous directement en DVD sans passer par les salles obscures, et il n'est pas évident de juger pleinement de la réussite esthétique du projet via un écran plat de télévision. S'il est certain que le réalisateur y affiche un goût pour les effets les plus (littéralement) "tape à l'œil" que permet cette technique, la possibilité d'une certaine grâce fascinante – dont le support ne nous offrirait, hélas, que l'ombre – se laisse néanmoins plus d'une fois deviner. Il est également certain que dans la filmographie de Tsui Hark, ce dernier opus en date est plus à situer dans la veine fantaisiste des Zu que du côté de ses autres tentatives passées d'approche plus "réaliste" du wuxiapian, parmi lesquelles (abstraction faite d'une fin virant déjà au grand-guignolesque) le superbe remake de 92 du classique de King Hu dont cette "légende des sabres volants" se présente comme le vrai/faux nouveau remake ou la vraie/fausse suite, la chose n'est pas très claire. De cette source première on ne retrouvera guère que l'idée d'une auberge pleine de chausses-trappes en bordure de territoire barbare, qu'une flûte laissée en gage d'amour et que le nom d'un héros dressé contre les manigances d'une police secrète impériale aussi cruelle que corrompue – mais tout cela, qui constituait la trame des "précédents" films, à présent mêlé à une débauche d'autres fils narratifs, qui rend d'ailleurs le récit à peu près impossible à suivre à la première vision : on y trouvera donc également une rivalité entre "bureaux" malfaisants, une courtisane enceinte et en fuite, un sosie de haut dignitaire, ou encore, last but not least, une chasse au trésor recelé par les ruines d'une cité ensevelie sous le sable, qu'une gigantesque tempête ne découvre qu'une fois par siècle et pour quelques minutes seulement... Ce que l'on retrouve aussi, et, peut-être, surtout, c'est l'inspiration serial (voire un tantinet pulp) qui présidait dans le précédent opus de Tsui Hark, Detective Dee, à ceci près que cet aspect faisait alors l'objet d'une certaine "maîtrise" qui n'est, cette fois, plus du tout de mise. Toute bride lâchée, se déploie alors un grand spectacle décomplexé, dont le sérieux de façade s'écaille régulièrement pour révéler une dimension en fait très drôle (que vient "signer" la dernière saynète, clôturant le film sur une note de comique macabre des plus réjouissants). Lóng Mén Fēi Jiǎ n'est rien moins qu'une sorte d'Indiana Jones puissance 10 à la sauce chinoise. Mi-pastiche, mi-parodie, ironique sans mépris. Un de ces rares films qu'il convient de recevoir simultanément au premier degré et au deuxième (ou au troisième... ou plus...) et s'avère réussi sur chacun des plans. Fondamentalement et inextricablement nanardesque et génial.
lundi 10 juin 2013
Une chanson pour Sendak
Maurice Sendak aurait eu 85 ans aujourd'hui. Parce qu'on n'a toujours pas fini de courir – ou de faire courir – avec les choses sauvages ou dans la cuisine de nuit (avec un lointain petit frère de Little Nemo), exceptionnellement, laissons la Chambre résonner de musique. D'autant que chaque réécoute des Islandais d'Of Monsters and Men et de pas mal de titres de leur excellent My head is an animal tend à me fait penser que cela constituerait une excellente bande sonore pour ces albums...
samedi 8 juin 2013
... And all the men and women merely players
Rêveuse était la nuit peuplée de songes. La lune
Inerte et blanche au-dessus des miroirs,
Joue la pièce inconnue sur les tréteaux sanglants,
Nous passons, sans jamais regarder le décor,
Ni les costumes, sans rien comprendre :
Qui sommes-nous dans les grands corridors ?
Qui sommes-nous lorsqu'une larme,
Parfaite et lumineuse, tremble à nos yeux,
Et que la flamme de l'espoir hésite,
Menacée par les vents invisibles ?
Alors la lune glisse entre les interstices
Des volets son jour blanc, et cherche à soulever
Les rancœurs effondrées sur l'habit de la veille.
La pièce, un radeau sur la mer.
Écoute, Seigneur, les naufragés de la longue nuit,
Ceux qui ne peuvent plus lever les mains vers Toi.
Car la fatigue les étreint dans la tiédeur du corps,
Mais entends battre au fond de leur poitrine
Un cœur inapte à rien saisir du mouvement dans la pénombre
Des anges les plus blancs et du jour le plus pur.
Philippe Delaveau, Eucharis, "Mise en scène".
lundi 27 mai 2013
Le fantôme de Huck Finn
En dépit de toute logique et de toute rationalité, même si je sais bien que rien dans le film n'invite réellement, explicitement, à un tel rapprochement, je ne peux m'ajouter de compte des charmes, intérêts et beautés de Mud de Jeff Nichols, le fait que le personnage-titre, venu de nulle part et qui y retournera de la même manière, ce fugitif criminel au grand cœur caché sur une île du Mississippi, m'évoque irrésistiblement un Huckleberry Finn qui aurait grandi, vieilli, et traversé les âges jusqu'à nous...
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