vendredi 9 mars 2012

Les disparus

Quelqu'un demanda à Lie-tzeu : Pourquoi estimez-vous tant le vide ?
 Le vide, dit Lie-tzeu, ne peut pas être estimé par lui-même. Il est
estimable pour la paix qu'on y trouve. La paix dans le vide est un état
indéfinissable. On arrive à s'y établir. On ne la prend ni ne la donne.
 (Traduction par Léon Wieger)


Les premières séquences de Bin-jip (sorti chez nous sous le joli titre de Locataires) peuvent étrangement évoquer une sorte de contre-pied, sinon de réponse, à Teorema. Le personnage mutique interprété par Lee Hyun-kyoon semble une sorte d'ange mystérieux, mais ses visitations sont circonscrites – comme l'indique le titre original – à des maisons vides. Peut-être y a-t-il quelque chose, dans le film de Kim Ki-duk, d'un rapport au taoïsme comparable au rapport au catholicisme du film de Pasolini... Ou peut-être pas, et l'on est aussi en droit de se dire que cela importe peu. On connaît des cinéastes spécialisés dans les productions creuses dans lesquelles les spectateurs (et les critiques) peuvent projeter à l'envi tout et n'importe quoi. Bin-jip ne paraît pas user de telles astuces. La parole y est disqualifiée : au mieux, elle semble inapte à traduire les complexités du réel, comme dans la scène de l'interrogatoire de police ; plus souvent, elle se réduit à des menaces, des insultes ou des éructations répétitives, violences verbales préludant ou accompagnant la violence physique. Tae-suk et Sun-hwa ne sont pas seulement silencieux : ils semblent en quête, à leur manière, du Vide parfait, jusqu'à la disparition, l'effacement total, où ils pourront trouver, in fine, la paix. Bin-jip n'appelle donc guère de discours (et ce billet, en toute logique, doit être considéré comme déjà bien trop long), mais plutôt une sorte de mise entre parenthèses du monde  une heure et demi durant, le temps d'être, comme le film lui-même, et quelle que soient les traditions philosophiques ou religieuses auxquelles on puisse le rattacher (ou pas), touché par la grâce...


Billet publié dans le cadre de l'édition 2012 du KOREAN CINEMA BLOGATHON organisé par cineAWESOME! et newkoreancinema.

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